LE CORPS PARLANT
Xe Congrès de l’ AMP,
Rio de Janeiro 2016
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Du corps, l’analyse n’appréhende que ce qu’il a de plus imaginaire
Leçon du 8 décembre 2004
« On peut apercevoir comment
argumenter la disjonction du symbolique et de l’imaginaire. Ça passe dans le
Séminaire du
Sinthome
par une réduction du corps à l’imaginaire. Comme
Lacan le dit aux Américains : « Du corps, l’analyse n’appréhende que ce qu’il y
a de plus imaginaire » (
Scilicet
p. 6-7 p. 54
), c’est-à-dire la forme. Sans
doute Lacan en a-t-il depuis toujours donné l’exemple par le stade du miroir et
même par sa doctrine de l’angoisse. Pour Lacan – c’est l’antienne –, l’image du
corps est le modèle de l’image du monde. »
p. 145
Le corps nous est étranger
Leçon du 8 décembre 2004
« Mais l’accent que place la
perspective borroméenne est distinct. Le corps fonctionne tout seul, sans que
nous ayons le moindre enseignement sur ce fonctionnement. Tout ce que Lacan
formule sur le corps vise à le constituer comme une entité isolée. C’est pourquoi
l’argumentation se tisse autour de cette phrase centrale : « le corps nous est
étranger. »
p. 145
La perspective borroméenne disjoint l’être et le corps
Leçon du 8 décembre 2004
« C’est cet accent que Lacan
retiendra quand il rédigera « Joyce le symptôme », et dira : « L’homme a un
corps, il ne l’est pas. » A quoi ça tend ? A une disjonction du corps et de l’être.
Cette disjonction est fondamentale puisque dans la pensée d’avant le nœud on
identifie l’être et le corps. C’est aussi formulé dans
Encore
: l’être c’est un corps ;
le corps est le premier abord de l’être. La perspective borroméenne introduit
l’avoir pour disjoindre l’être et le corps et elle défait par là ce que Lacan appelait
son hypothèse – l’individu affecté de l’inconscient est le même que le sujet
du signifiant –, pour disjoindre le corps et le symbolique, de telle sorte que la
conjonction devient un problème plutôt qu’une hypothèse ou un mystère. »
p. 145-146
Le parlêtre ne reçoit pas son être du corps, mais de la parole
Leçon du 8 décembre 2004
« Et c’est pourquoi Lacan dira le
parlêtre
, qui est exactement un être non-aristotélicien, un être qui ne tient pas au
corps, qui ne reçoit pas son être du corps qu’il serait, mais de la parole, c’est-
à-dire du symbolique. Le parlêtre a un corps, il ne l’est pas, et c’est pourquoi
il peut le laisser tomber et c’est ce que Lacan ira chercher dans l’exemple de
Joyce. »
p. 146
La rencontre de la langue et du corps fait événement de corps
Leçon du 15 décembre 2004
« Il y a une rencontre entre la langue
et le corps et, de cette rencontre, naissent des marques qui sont des marques sur
le corps. Lacan appelle sinthome la consistance de ces marques. C’est en quoi
il peut réduire le sinthome à être un événement de corps, quelque chose qui est
arrivé au corps du fait de la langue. Cette référence au corps est inéliminable de
l’inconscient. C’est pourquoi le Séminaire du Sinthome se termine sur le rapport
au corps spécifique à Joyce, sur le statut de l’ego (…). »
p. 152
L’escabeau est une sublimation
Leçon du 12 janvier 2005
« Sublimation est un mot sublime.
Ce que Lacan ravale en l’appelant l’escabeau. On se hausse, on se monte… la
tête. Cela donne le
Beau
, le Vrai, le Bon. (…) L’escabeau philosophie, éthique,
esthétique. Surtout le
beau
qui est dans escabeau – ce que Lacan fait voir en
disant
S-K-beau
. Le nouveau nom de la sublimation ! Est-ce pas beau. Il faut que
ce soit beau. Il faut faire de ça un objet d’art. »
p. 81-82
L’escabeau est conditionné par le fait que l’homme a un corps
Leçon du 12 janvier 2005
« L’escabeau, dit très précisément Lacan
dans son «Joyce le Symptôme », est conditionné par le fait que l’homme a un
corps, un corps dans lequel il y a des événements »
p. 81-82
Centrer l’opération analytique sur le rapport du dire au corps, sur les
pulsions.
Leçon du 25 mai 2005
[inédit]
« (…) il me semble que la
proposition essentielle de Lacan pour la psychanalyse, c’est de ne pas entrer dans
le cauchemar de l’histoire, de se placer, de s’éveiller du cauchemar de l’histoire –
pour prendre l’expression de Joyce – et se tenir au plus près du rapport entre le
dire et le corps. C’est-à-dire ce que, dans la tradition analytique, on appelait les
pulsions. »
Le corps est la seule consistance du parlêtre
Leçon du 1er juin 2005
[inédit] « Ce qui se dégage comme la
consistance première, c’est le corps, ça n’est pas le sujet du signifiant. C’est le
corps dont Lacan dit qu’il est la seule consistance du parlêtre. (…) Le corps
est la seule consistance du parlêtre et c’est ça qui le fait tenir ensemble, ça veut
dire que le symbolique ne donne pas au parlêtre de tenir ensemble. (…) elle
repose, cette consistance, sur un rapport du parlêtre à son corps, alors là il y a un
rapport au nœud. »
Jacques-Alain Miller




