LE CORPS PARLANT
Xe Congrès de l’ AMP,
Rio de Janeiro 2016
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n’a pas simplement des effets de signifié, mais qu’il a des effets de jouissance.
Qui seraient assimilables à quoi ? Ca se rencontre dans les cloches, ça, quand
se produit une fêlure, après, chaque fois que vous donnerez le carillon, vous
continuerez d’entendre la fêlure de la cloche. Eh bien, la jouissance, c’est la
fêlure de la cloche. »
L’interprétation ne concerne pas seulement par ses effets de signifié,
mais par ses effets corporisés
Leçon du 13 mai 2009
« Si l’interprétation se mesure à la jouissance,
alors l’interprétation est sollicitée, non pas par ses effets de sens, mais elle doit
être sollicitée pour ses effets de jouissance. Elle ne concerne pas seulement par
ses effets de signifié, mais par ses effets corporisés. Et c’est ce qui fait qu’en effet
Lacan a pu rêver
d’un effet de sens réel
. Si c’est à la jouissance que l’interprétation
se mesure, alors, bien forcé d’élaborer l’interprétation comme un mode de dire
spécial, un mode de dire qui n’est pas de la dimension de la signification, qui
n’est pas de la dimension de la vérité, mais qui accentue, dans le signifiant, la
matérialité, le son. C’est l’hypothèse à laquelle sans doute Lacan était arrivé. Une
hypothèse radicale. »
Le signifiant : c’est la cause du sujet dans le discours et ce serait la cause de
la jouissance dans le corps
Leçon du 20 mai 2009
« On a tout à fait l’idée, concernant la vie,
que sa reproduction, dans l’espèce humaine, est curieusement conditionnée par
le signifiant, et n’est marquée d’aucune automaticité comme en fait preuve le
refus de la reproduction qu’il soit conscient ou inconscient. Au point que Lacan
pouvait dire que, dans l’espèce humaine, la lettre est l’analogue du
germen
, que
pour que le
germen
se transmette à travers les générations, il faut qu’un certain
type de signifiant, qu’il appelait la lettre – et donc il insiste sur la matérialité de
ce signifiant – soit transmis.
De la même façon, s’il y a un statut antéprédicatif de la jouissance, ce qu’on est
bien en peine de nier, néanmoins dans l’espèce humaine il n’apparaît pas que la
jouissance soit
antésignifiante
. C’est dans cette perspective que Lacan a pu dire
une fois :
Le signifiant c’est la cause de la jouissance
, exactement de la même façon
qu’il avait pu dire :
Le signifiant c’est la cause du sujet
. Ca se distingue tout de
même en ce que le signifiant c’est la cause du sujet
dans le discours
, tandis que le
signifiant ce serait la cause de la jouissance
dans le corps
. »
La jouissance bis est celle qui prend consistance à partir de la parole
Leçon du 20 mai 2009
« Donc, même s’il y a une jouissance
équipollente à la vie, même si toute vie comporte jouissance, il se spécifie, du fait
de l’incidence du signifiant,
une autre jouissance
dans l’espèce humaine. je vais
simplement stratifier, et distinguer la jouissance antéprédicative de tout corps
vivant et
la jouissance bis
. La jouissance bis est celle qui prend consistance et qui
se fixe à partir de l’incidence du signifiant c’est-à-dire à partir du fait qu’il y a
parole.
Il n’y a pas que le monde de la vie, il y a le monde de la parole –
Sprachwelt
.
C’est à cette jouissance-là que nous avons affaire dans l’expérience analytique. »
Du fait que le corps, dans l’espèce humaine, est parlant, sa jouissance s’en
trouve modifiée sous les espèces d’un morcellement, et de condensations
Leçon du 20 mai 2009
« Je prélève, dans le Séminaire
Encore
, cette
formule – :
Le langage est appareil de la jouissance
. Dans l’espèce humaine, la
jouissance est appareillée par le langage, et ça n’est pas le cas chez l’animal :
même s’il peut être parcouru par des effets de langage, ça n’est jamais, évoque
Lacan, que des effets parodiques.
Je prends aussi comme repère cette formule de Lacan, dans « …ou pire »,
que vous trouvez dans les
Autres écrits
et où Lacan écrit
p. 550
:
Le savoir
– dans son usage du moment c’est vraiment le savoir en tant qu’articulation
signifiante –
Le savoir affecte le corps de l’être parlant
– j’abrège –,
ceci de morceler
sa jouissance, de le découper jusqu’à en produire les chutes dont je fais l’objet petit
a
. Je reprends : le signifiant affecte le corps du parlêtre en ceci, que le signifiant
morcelle la jouissance du corps, et, ces morceaux, ce sont les objets
petit
a. Alors,
si on regarde cette formule de près, elle suppose qu’il y a la jouissance, qu’il y a
un premier statut de la jouissance, celui que j’appelais la jouissance de la vie, la
jouissance antéprédicative, et, du fait que ce corps, dans l’espèce humaine, est
parlant, sa jouissance s’en trouve modifiée sous les espèces d’un morcellement, et
disons, de condensations dans des zones qui sont les zones érogènes de Freud et
qui sont, chacune, relatives à un certain type d’objet. Je dirai : morcellement et
condensations. »
Le parlêtre n’est pas son corps. Son corps, il l’a. Il l’a comme on a un bien,
une propriété, un objet
Leçon du 20 mai 2009
« Je l’ai dit la dernière fois, à mon sens, la
jouissance n’est pas de l’ordre de
l’anté- prédicatif
, utilisant ici un terme que
j’ai emprunté au vocabulaire de Husserl. En termes lacaniens, la jouissance, la
jouissance non transgressive que je vise, la jouissance
n’est pas
avant le signifiant,
bien qu’elle soit du corps. Chez celui que nous n’appelons plus le sujet, parce
que nous le voulons concerné de façon essentielle par la jouissance, chez celui
que nous n’appelons plus le sujet mais le parlêtre, le corps lui-même, son
Jacques-Alain Miller




