LE CORPS PARLANT
Xe Congrès de l’ AMP,
Rio de Janeiro 2016
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Leçon du 2 mai 2001
« Le corps, ce n’est pas le réel. Dans la
tripartition de Lacan, RSI, le corps est affecté à l’imaginaire, alors que la vie, cela
peut être un nom du réel. Dès lors, inscrivons une disjonction au moins possible
entre le corps et le vivant. Et je dirais: de là, le nœud, de là apparaît le nœud
borroméen. »
L’être et les trois dimensions
Leçon du 16 mai 2001
,
La Cause freudienne N°50
« Le parlêtre est
une autre façon de dire le sujet. L’être est toujours du côté du symbolique. On
s’attribue l’être. Il y a l’être aussi du côté de l’imaginaire, c’est quand on le repère
sur l’unité du corps, et là on parle du corps parlant et de son mystère. Mais l’être
s’éclipse devant le réel. C’est ce dont il est question dans ce dernier enseignement
de Lacan, qui décide alors d’opérer d’emblée avec les trois dimensions (…) dans
son architecture nodale. »
p. 25
La jouissance du corps propre est opaque
Leçon du 6 juin 2001
« La jouissance exclut le sens et c’est en cela
qu’on peut la dire opaque. Cela rend beaucoup plus intéressante l’opération
de la psychanalyse. La jouissance du corps propre est opaque, parce que cela
veut dire que l’opération propre à la psychanalyse est un forçage qui rapporte la
jouissance au sens pour la résoudre – résolution ici voulant dire dénouement. »
Le mental est le rapport difficile du corps et du symbolique
Leçon du 6 juin 2001
« Ce que Lacan propose avec les nœuds, c’est
le ravalement de la pensée. Et il met la pensée, mais aussi l’inconscient, à rien de
plus qu’au niveau d’un rapport difficile du corps et du symbolique, ce rapport
difficile qu’il appelle le mental. »
L’inconscient est une élucubration de savoir sur la débilité mentale
Leçon du 6 juin 2001
« Il met l’inconscient au niveau du mental, au
niveau de la débilité qui affecte ce mental. Dans l’analyse on n’a pas seulement
affaire au symbolique, au logique pur, mais aussi au corps et au réel comme
exclu du sens. (…) Et c’est pourquoi Lacan peut proposer cette catégorie
nouvelle, la débilité mentale, comme plus radicale que l’inconscient freudien.
La débilité mentale veut dire que le parlêtre est frappé de dysharmonie avec le
symbolique, le réel et l’imaginaire. (…) tout ça tend à dire que l’inconscient
freudien est une élucubration de savoir sur la débilité mentale.»
« Introduction à la lecture du Séminaire L’angoisse », l’orientation
lacanienne, III, 6 (leçons des 28 avril, 5 et 12 mai et 2, 9, 16 juin
2004), La Cause freudienne N°59, 2005
La jouissance a comme lieu le corps propre, alors que le désir est relation à
l’Autre.
« Pourquoi Lacan s’attache-t-il avec insistance, dans ce Séminaire, à laisser petit
a du côté du sujet, de l’autre côté de l’Autre ? Parce que petit a est en quelque
sorte une expression, une transformation de la jouissance du corps propre, de
la jouissance dans son statut autistique, fermé – il l’avait rendue d’autant plus
fermée en l’appelant du terme freudien de
Das Ding
-, tant que le désir est
relation à l’Autre. Il y a donc une antinomie, une béance, entre jouissance et
désir. La jouissance, si l’on prend les choses simplement, a comme lieu le corps
propre, alors que le désir est relation à l’Autre. C’est encore cette antinomie qui
inspirera, dix ans plus tard, l’élaboration de Lacan dans le Séminaire
Encore
. »
p. 76
« Corréler la jouissance à une totalité unitaire, à un corps de jouissance, cela
signifie qu’ici l’Autre n’entre pas en jeu d’emblée. »
p. 78
La sépartition
« C’est pourquoi Lacan est conduit à détailler les séparations anatomiques de
l’objet, les séparations naturelles de l’objet prélevé sur le corps, et précisément
sans l’intervention d’un agent qui serait l’Autre. C’est ce qu’il appelle, terme
repris de Freud, la séparation. Non pas la castration, mais la séparation des
objets, la séparation des organes. Il parle même à un moment de la
sépartition
,
pour indiquer qu’il s’agit comme d’une partition à l’intérieur qui concerne le
sujet de l’organisme. Là, la séparation d’un organe a son paradigme dans l’objet
anal. C’est pourquoi c’est dans un second temps que se pose la question de la
subjectivation de l’objet et de son inscription dans l’Autre. Ce qui est là objet
petit
a
est déjà qualifié comme ce qu’il y a de plus moi-même dans l’extérieur,
parce qu’il a été de moi coupé, et c’est ce dont on a l’écho dans la dernière leçon
du Séminaire XI. »
p. 79
L’objet séparé du corps impliqué dans la constitution du sujet
« C’est le corps des zones érogènes, c’est-à-dire des zones de bord, ces zones
que Freud a d’abord mises en fonction dans ses
Trois essais sur la théorie de la
sexualité
, c’est ce corps-là qui revient. On oublie la forme, puisque le corps dont
il s’agit est visé jusqu’à son statut fœtal, et pour les meilleures raisons du monde,
puisque l’angoisse de la naissance a été, dans le discours analytique, accréditée.
C’est un corps dont j’irais jusqu’à dire que l’on n’en connaît pas la forme, on
en ignore la limite. Il y a là, en fait, dans cette quatrième partie, quelque chose
qui s’accomplit dans l’enseignement de Lacan. On ne connaissait jusqu’alors
Jacques-Alain Miller




