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LE CORPS PARLANT

Xe Congrès de l’ AMP,

Rio de Janeiro 2016

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La Cause freudienne N°67, Navarin Editeur, 2007

L’envers de Lacan et l’Un-corps

Leçon du 17 janvier 2007

« Dans l’envers de Lacan, l’Autre est

destitué, le sujet est pensé à partir du réel, du symbolique et de l’imaginaire

comme étant ses trois consistances. Ce n’est d’ailleurs plus le sujet du signifiant,

le sujet de l’identification, mais l’être humain qualifié de parlêtre. À la place de

l’Autre, il y a un tout autre principe de l’identité, (…) il y a le corps. Pas le corps

de l’Autre, le corps propre, comment on s’exprime, mais l’Un –corps. Il faut

bien créer quelques noms pour s’y retrouver dans l’histoire que l’on essaye de

raconter a propos de ces bouts de réel. »

p.135

L’ego, lui, s’établit du rapport à l’Un-corps

Leçon du 17 janvier 2007

« Tout ce qui se trouvait investi dans le

rapport à l’Autre est ainsi rabattu sur la fonction originaire du rapport au corps

propre, dont il y al’ idée, idée comme de soi-même, et pour quoi Lacan reprend

le vieux mot freudien de

ego

, prenant soin de souligner que la définition de ce

que vous êtes comme ego n’a rien à faire avec la définition du sujet qui passe

par la représentation signifiante. L’ego, lui, s’établit du rapport à l’Un-Corps. »

p.135

« Le parlêtre adore son corps »

Leçon du 17 janvier 2007

« Cela a bien affaire avec l’amour, et ce

n’est pas l’amour du père, sinon l’amour-propre au sens de l’amour de l’Un-

corps. Le parlêtre adore son corps. C’est le plus sur de ce qui vient à la place des

trois modes de l’identification. »

p. 135

L’Un-corps comme la seule consistance du parlêtre

Leçon du 17 janvier 2007

« Lacan insiste, tourne autour de cette

propriété du corps : on ne l’est pas, on l’a. Il l’a écrit. Cet avoir n’est qu’une

croyance, croyance d’avoir son corps comme un objet disponible. L’Un-corps

se pose ainsi du côté de l’avoir plutôt que du côté de l’être. Cet Un-corps, dit

Lacan à peu près, puisqu’il n’utilise pas ce vocable, est la seule consistance du

parlêtre. Voilà qui, d’une phrase, réduit toutes les moires de ce dépotoir de

l’Autre majuscule.

On comprend que c’est ce qu’il faut que l’être humain apporte en analyse. (…).

L’expérience analytique impose de donner au corps une fonction plus relevée

que celle que lui assignait la psychanalyse pensée à partir du symbolique. »

p. 135-136

L’adoration de l’Un-corps est la racine de l’imaginaire

Leçon du 17 janvier 2007

« Consistance, c’est là que ça se

complique -, Lacan ajoute mentale, par quoi je comprends : non pas physique.

Physiquement, le corps fout le camp à tout instant, il se défait, il subsiste le

temps de se détruire, mais il ne s’évapore pas.

Dire que sa consistance est mentale, c’est établir le lien le plus étroit entre cet

Un-corps et, non pas le symbolique mais bien l’imaginaire. D’où la thèse:

l’adoration de l’Un-corps est la racine de l’imaginaire. La pensée (…) ne faisant

que répercuter l’adoration de l’Un-corps. »

p. 136

Consistance mentale du corps et temps réel

Leçon du 17 janvier 2007

« Pour compléter ce bout de réel, il

faudrait sans doute ajouter, au moins se poser la question de savoir si le temps,

lui ne serait pas réel. (…) Je me suis interrogé sur pourquoi revient ainsi, dans la

bouche de Lacan, la notation il n’y a pas d’éternité, (…). C’est bien de l’éternité

que l’on peut dire que c’est une construction purement verbale, alors que,

concernant même la consistance mentale du corps, elle est travaillée réellement

par le temps qui passe. »

p. 138

La solitude du parlêtre et la géométrie du gant retourné

Leçon du 17 janvier 2007

« Il n’y a pas de rapport sexuel entre

Autres. C’est là aussi la valeur de ce terme de solitude que j’ai martelé. Et s’il y a

rapport sexuel, quand il y a rapport sexuel, ce ne peut être que dans le rapport

à une altérité interne à la structure du parlêtre. (…) C’est pourquoi, même, il

(Lacan) invente une géométrie du rapport sexuel, toute différente de l’espace

concentrique de l’imaginaire. Il invente que la géométrie du rapport sexuel

est plutôt celle du gant retourné à partir de l’adéquation spéciale que Joyce

ressentait de son épouse à son égard :

elle me va comme un gant.

»

p. 139

Une pensée qui ne serait pas fondée sur l’adoration de l’Un-corps

Leçon du 17 janvier 2007

« Lacan tente et tentera jusqu’au bout

d’élaborer le mode d’une pensée disjointe de l’imaginaire, une pensée qui ne

serait pas fondée sur l’adoration de l’Un-corps, appareillée à l’écriture, avec l’idée

que ça permettrait de toucher au réel. Toucher le réel, ce n’est pas le vrai. Et pour

ce qui est du réel auquel nous avons affaire, il faut d’abord s’essayer, s’obliger aux

embrouilles du vrai. »

p. 140

Jacques-Alain Miller