LE CORPS PARLANT
Xe Congrès de l’ AMP,
Rio de Janeiro 2016
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elle les noue. C’est pourquoi Lacan peut parler du parasite de la jouissance
comme du réel. Quelle est la valeur de signalétique du cas Joyce ? (…) C’est que
la jouissance du corps de l’Autre ne suffit pas pour nouer le nœud, il faut que s’y
ajoute la jouissance du symptôme. »
p. 169-170
Lacan spinoziste
Leçon du 1er décembre 2004
« (…) dans le Séminaire du
Sinthome
, Lacan est spinoziste – spinoziste du livre II – en ce que la pensée
pour lui est indissolublement liée au corps et à ce qui affecte ce corps. (…)
à ceci près que ce qui affecte le corps ne se laisse pas comprendre comme un
mode de l’étendue, ainsi que le formule Spinoza dans son cartésianisme, mais
est à entendre comme un mode de la jouissance. C’est par là que l’expérience
psychanalytique, dans la perspective de Lacan, oblige à décerner au corps une
autre substance dont il est le mode, la substance jouissante, pour le dire à la
cartésienne. (…) »
p. 132
Par le seul fait que le corps jouit, la pensée rate
Leçon du 1er décembre 2004
« Penser est toujours penser le
corps en tant qu’il jouit, et par le seul fait que le corps jouit, la pensée rate. Le
ratage n’est pas un accident mais, chez le dernier Lacan, un concept qui fait la
paire avec la jouissance. La jouissance est du corps comme le ratage est de la
pensée. Le ratage s’ensuit du corps et de sa jouissance. La jouissance du corps,
comme telle, rate la sexualité. (…) Tout ce qui est affaire avec le sexe, dit Lacan,
est toujours raté. »
p. 133
Le ratage fatal de la pensée, Lacan l’appelle débilité
Leçon du 1er décembre 2004
« La pensée, y compris cette sorte
de pensée que Freud appelle
inconscient
, a affaire avec le corps, toujours, et par là
avec sa sexuation. Et c’est pourquoi la pensée, fut-elle celle d’un professeur, rate
toujours ce qui est en question. (…) tout ratage est sexuel. (…) Le ratage fatal de
la pensée, Lacan l’appelle
débilité
. »
p. 133
L’escabeau est une moquerie concernant le beau
Leçon du 1er décembre 2004
« L’escabeau, voilà le concept
inédit que Lacan introduit à partir de James Joyce. C’est une moquerie
concernant le beau, bien sûr, une version sardonique de l’esthétique. »
p. 135
L’escabeau, c’est l’ambition de Joyce, forgé à partir du sinthome
Leçon du 1er décembre 2004
« L’escabeau, c’est ce dont Joyce se
promet de faire ce qui sera propre à lui survivre, c’est-à-dire à aller au-delà de la
décomposition de son corps. Il s’agit de forger un escabeau et le forger à partir
de l’affect du corps, cet affect du corps auquel fait référence Spinoza mais que
Lacan appelle de son nom freudien « le symptôme », et de son nom freudien
modifié le
sinthome
. C’est ça l’escabeau, c’est l’ambition de Joyce. Qu’elle est
cette ambition ? De faire de ce qui l’affecte lui, incomparable avec personne, de
ce qui affecte son corps, de ce qui fait événement dans son corps, de faire une
éternité. »
p. 135
Porter l’événement de corps jusqu’à une éternité
Leçon du 1er décembre 2004
« Le privilège de Joyce, s’il y en
a un, c’est qu’il a fabriqué cet escabeau avec son dire. Il est exemplaire pour
la psychanalyse. C’est en quoi, Lacan peut dire qu’il a donné de l’escabeau la
formule générale, qu’il lui a donné une consistance logique, en n’y renonçant
pas mais en allant jusqu’au bout : du traumatisme initial subi de la langue, de
l’événement de corps qui en découle, le porter jusqu’à une sorte d’éternité. Et
c’est en cela que Lacan peut dire que Joyce s’accomplit en tant que sinthome,
sans reculer devant l’exil, que cet extrême comporte, que sa fidélité à sa
jouissance comporte. »
p. 137
Le réel, c’est le mystère du corps parlant, c’est le mystère de l’inconscient
Leçon du 8 décembre 2004
« C’est une définition du réel. Je
cite : « Le réel, dirai-je, c’est le mystère du corps parlant, c’est le mystère de
l’inconscient. » (
Encore
,
p. 118)
(…) Que dit cette phrase que j’ai citée ?
Elle dit que le corps parlant, c’est l’inconscient, et que le corps parlant en tant
que l’inconscient, c’est le réel et que le prix de cette définition, c’est qu’il y a là
du mystère. Soyons plus simple encore. Il y a là trois termes : le réel, le corps
parlant, l’inconscient. Et ces trois termes sont dits identiques les uns aux autres
moyennant mystère. (…) »
p. 140
La métaphore borroméenne vise à dissoudre le mystère du corps
Leçon du 8 décembre 2004
« Le nœud représente ou présente
le réel, l’imaginaire et le symbolique sous la forme de trois ronds de ficelle
distincts. Ce qui interdit de les ramener les uns aux autres – ce qui fait mystère.
Le mystère tenait à leur identité, à leur confusion, alors que la perspective
borroméenne transforme en problème leur conjonction. Là où il y avait le
mystère, doit venir le problème, disons que c’est la métaphore que réalise le
nœud borroméen. (…) La métaphore borroméenne vise à dissoudre le mystère
du corps parlant qui est le mystère de l’inconscient et à le dissoudre par
l’intrusion du nœud. »
p. 141
Jacques-Alain Miller




